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LETHIER, Hervé (2026) : La croissance est-elle un gros mot ?
En fait, tout cela dépend à la fois du contexte et du sens donné à ce concept moderne illustrant un développement qui aujourd’hui interroge singulièrement chacun de nous, au point de douter sérieusement de sa résistance à long terme et donc de sa durabilité.
Pour certains, nous serions en effet actuellement en bascule au regard des limites planétaires qui s’imposent à nous, pour d’autres ce n’est qu’affaire de progrès scientifiques et technologiques et nous nous en sortirons toujours par le haut tant l’humain est beau, fort et intelligent.
Ce débat au demeurant complexe et souvent anxiogène, interroge aujourd’hui Jean Martin dans une brève dont il a le secret, publiée dans 24 heures, Lausanne, le 18 juin 2026 (voir encadré ci-dessous).
En réalité, peut-être pourrions-nous nous accorder sur la nécessité de redéfinir la croissance, plutôt que de la remettre en cause, et de l’asseoir sur des critères à revisiter évidemment en profondeur. Il s’agirait en effet de faire en sorte que celle-ci repose désormais sur une quête d’un bien-être moins matérialiste, inspiré par une sobriété tenant compte des limites planétaires et concourant à une optimisation des aménités que nous offre la planète (biens mais surtout services environnementaux).
Certes, cela peut imposer une décroissance de certaines consommations sans pour autant altérer nos satisfactions ; cela passe d’abord par une meilleure prise en compte des déséconomies liées à nos modèles capitalistiques de production et de consommation en général, pour arriver à une représentation conventionnelle plus fidèle de la réalité.
Dans un monde aujourd’hui déstabilisé par nos excès où beaucoup d’entre nous doutent du futur, c’est bien de notre avenir qu’il s’agit et d’un bien-être respectueux d’autrui.
Qu’en pensez-vous ?
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Version pdf: La croissance est-elle un gros mot ?
Nous avons dépassé les limites planétaires dans les années 1970.
Nos parents, grands-parents étaient-ils malheureux ?
Il faut non seulement freiner Prométhée, mais surtout le faire revenir à raison.
Un enfant le sait : la croissance infinie dans un monde fini n’est pas possible.
Un enfant le saura : c’est lui qui devra supporter tous les dérèglements que nous laissons faire, perdus dans le mythe de la croissance.
Quand la croissance ne sert plus à augmenter le bien-être général, mais seulement l’avidité des plus riches dans un déséquilibre monstrueux des avoirs, il faudrait pouvoir dire STOP.
En recevant 1 franc/ euro/ dollar par seconde, il faut 11 jours et demi pour atteindre 1 million. Elon Musk en possédant 1000 milliards de dollars, a reçu 1 dollar par seconde depuis les peintures de la grotte de Chauvet !!!
Pendant ce temps, la population mondiale subit les contre-coups de ces excès !
Passant un après-midi quasi caniculaire à une excellente lecture, celle de « Pour un soulèvement écologique », de l’impressionnante militante française Camille Etienne, je trouve dans ses dernières pages: « La décroissance n’est pas un abandon de l’idéal de progrès, ou un recul du niveau de vie ; elle est au contraire l’espoir de voir le progrès et le niveau de vie poursuivre pour de vrai leur marche en avant. L’espoir de voir la santé et les liens sociaux progresser. »
Le bon sens suggère en effet qu’une amélioration de la qualité de vie serait préférable à une poursuite de la croissance. Alors faut-il décroitre ?
Au-delà de la posture philosophique, la difficulté consiste à savoir traduire l’éthique de la décroissance et de la sobriété dans la réalité sociale, c’est à dire savoir par quoi remplacer le taux de croissance du PIB comme indicateur numéro un de la politique économique ? Serait-il sensé de proposer un virage à 180 degrés et de prôner la diminution rapide du PIB ? Ce n’est pas certain. A cette aune-là, la grande dépression des années ’30 devrait être considérée comme une remarquable réussite sociale.
Il semble malheureusement que, pour la plupart de nos contemporains, c’est la décroissance qui apparaît comme un gros mot. Ils sont tellement attachés à la notion de croissance que, sans elle, ils seraient désorientés. Alors, comme alternative à l’indicateur du taux de croissance du PIB, on pourrait proposer la croissance du revenu des 20% les plus démunis de la société. Une amélioration du sort des 20 pourcents les plus déshérités, accompagnée d’une baisse de la consommation des 80 autres pourcents, serait en effet compatible avec une réduction importante de l’emprise de l’homme sur la biosphère.